LE FIGARO : ENQUÊTE - Sur TikTok, YouTube et Instagram, Samy Philippe Chaouche, ex-imam salafiste, ne manque pas une prédication pour promouvoir sa vision rigoriste de l’islam.
Barbe longue, chéchia vissée sur la tête, l’homme se filme dans un élégant décor de bibliothèque. En arrière-plan, des exemplaires du Coran, des recueils de hadiths (relatant les paroles et actes attribués au prophète) et autres ouvrages de fiqh, la jurisprudence islamique. De prime abord, l’individu semble crédible. Ce jour de mars 2026, Samy Philippe Chaouche, qui se définit comme « enseignant et ancien imam prêcheur en Île-de-France », a revêtu son plus beau qamis pour parler de son sujet favori : les droits et les devoirs des femmes. Se basant sur un hadith, il déroule : « Lorsque tu te trouves sur le trottoir, ma sœur, n’oublie pas de raser les murs. Laisse le milieu du chemin aux hommes ». Dans un autre clip sur la « sortie de la femme en islam », il théorise : « Si l’intérêt de la sortie de la femme est supérieur, on lui autorise ; si le préjudice est supérieur parce qu’en sortant elle va faire la fitna (la tentation, la discorde, le désordre en arabe, NDLR), elle va tenter tous les hommes, alors on lui interdit ». Et le diplômé de l’université al-Azhar au Caire, en Égypte, d’ajouter : « Tu es dans le devoir d’interdire à ton épouse ou à tes filles, tes sœurs ou toutes celles qui sont sous ta tutelle de sortir parfumées, maquillées. Tu n’as pas le droit de t’embellir lorsque tu mets un pied dehors ».
Ces récentes sorties ont créé la polémique sur les réseaux sociaux, jusque dans la sphère islamiste, où d’autres prédicateurs du même poil ont fustigé son positionnement rigoriste et ses approximations théologiques. Ces derniers craignent que ce « frère » ne vienne « ridiculiser » leurs idées et leurs appels, innombrables, en ligne, à l’orthodoxie et l’orthopraxie religieuse. Samy Philippe Chaouche, lui, sait que ces embardées sont plébiscitées par les algorithmes - quand ses vidéos ne sont pas signalées puis supprimées. Ses « shorts » sur YouTube et « réels » Instagram font un carton d’audience. Sur TikTok, il réunit près de 100.000 abonnés. Ce fervent promoteur du « voile qui cache le visage » multiplie les provocations. Et même s’il demeure contesté, ce prescripteur de comportement a, forcément, une influence sur un jeune public. « Ces polémiques naissent sur les réseaux sociaux, mais ces prédications sont immédiatement transposables dans la vie de tous les jours », déplore une source bien informée, contactée par Le Figaro. De nombreux comptes dits de « rappel » relaient ses dires, pour rendre ce créateur de contenus viral, de quoi lui octroyer une place de choix dans l’écosystème islamiste sur internet. » | Par Etienne Jacob | vendredi 24 juillet 2026
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