LE FIGARO : RÉCIT - Alors qu’à Berlin, une exposition se penche sur ce que savaient les Allemands vivant dans les années 1930-1940, les archives nationales américaines ont publié des millions de cartes de membres du parti nazi, permettant à chacun de se renseigner sur son histoire familiale.
Que savaient de la Shoah les Allemands vivant dans les années 1930-1940 ? « Nous ne savions pas ! » Pendant longtemps, cette phrase a été « la réaction la plus courante des Allemands lorsqu’on leur parlait de la persécution et de l’assassinat des Juifs européens sous le régime nazi », déclare Andrea Riedle, la directrice de la Topographie de la terreur, ce musée et centre de documentation fondé sur le site de l’ancien siège de la Gestapo à Berlin. « Après la fin du régime, la réaction des contemporains de l’époque nazie a effectivement été, dans l’ensemble, d’affirmer qu’ils n’avaient rien su de ses crimes, confirme au Figaro l’historien Norbert Frei, l’un des plus grands spécialistes allemands du IIIe Reich. Il s’agissait d’une affirmation défensive et, en même temps, d’une attitude de distanciation générale face aux images des montagnes de cadavres dans les camps de concentration libérés, auxquelles les Alliés confrontaient les Allemands. »
Mais cette affirmation - « Nous ne savions pas » - correspondait-elle à la réalité? C’est à cette question sensible que tente de répondre la nouvelle exposition temporaire de la Topographie de la terreur, accessible gratuitement jusqu’au 31 janvier 2027, à travers près de 300 pièces - photos, lettres, enregistrements audio et vidéo, objets du quotidien... L’exposition revient d’abord sur ce que nul ne pouvait ignorer : la persécution des Juifs dès les années 1930, présentée par le régime nazi comme une réponse à la « menace » que ces derniers auraient représentée. « Les Juifs du monde entier veulent détruire l’Allemagne », affirme ainsi en mars 1933 une affiche de propagande appelant au boycott des magasins juifs. « Allemands! Défendez-vous ! N’achetez pas chez les Juifs ! », proclame un panneau tenu par un membre de la Sturmabteilung (SA) campé devant une boutique berlinoise. » | Par Aude Bariéty de Lagarde, correspondante à Berlin | samedi 11 avril 2026
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