Tuesday, February 24, 2026

De Lviv à Kharkiv, les deux visages d’une guerre qui a changé l’âme de l’Ukraine : le récit de l’envoyé spécial du Figaro

LE FIGARO : GRAND REPORTAGE - Tournée vers l’ouest et éloignée du front, la première jouit d’une relative prospérité depuis le début de « l’opération spéciale » lancée par Vladimir Poutine le 24 février 2022 alors que la deuxième, adossée à la frontière russe, a été ravagée par quatre ans de conflit.

Figé dans le vent glacial, tout Lviv est agenouillé dans un épais silence sur le passage du convoi funéraire. Trois cercueils de soldats tombés sur le front défilent, précédés par leurs frères d’armes du régiment, en uniforme, brandissant les portraits de leurs défunts dans une lente marche funèbre. Dans la grande ville de l’Ouest ukrainien, située à proximité de la frontière polonaise, loin de la ligne de front, l’hommage aux héros de la nation tombés pour défendre l’Ukraine a pris une dimension sacrée. Dans l’église des Saints-Apôtres-Pierre-et-Paul, les prêtres se relaient au micro, émus aux larmes devant une assemblée saisie aux tripes. « Les soldats nous donnent chaque jour une leçon d’amour pour l’Ukraine, dit l’un d’eux. Nous sommes ici pour les remercier de ce cadeau qu’ils nous ont fait. Nous prions pour ceux qui sont encore sur le front. »

L’image de Jésus-Christ est imprimée sur un drapeau jaune et bleu, cloué sur un crucifix en bois avec une inscription : « Dieu et l’Ukraine avant tout. » « Mon petit-neveu a été tué dans le Donbass cet été. Je suis venue prier pour les enfants qui défendent notre patrie. Tout le monde a quelqu’un sur le front », dit une vieille femme agenouillée sur le trottoir verglacé devant l’entrée de l’église. À l’issue de la cérémonie, un dernier hommage solennel est rendu sur la place de la mairie sur un air de trompette en présence du maire. Les portraits des soldats disparus sont affichés sur la place, accompagnés d’une courte biographie. Le rituel est quasi-quotidien dans cette ville au nationalisme solidement ancré, qui donne sans compter ses enfants à la patrie pour repousser l’envahisseur russe. Et tous les matins à 9 heures la ville entière s’immobilise dans une minute de silence pour « les héros de la nation ». » | Par Patrick Saint-Paul, envoyé spécial à Kharkiv et Lviv | mardi 24 février 2026