LE FIGARO : ENQUÊTE - Ils bloquent les autoroutes, bravent la prison et refusent les convocations militaires. Après deux ans et demi de guerre, le refus catégorique de haredim de rejoindre l’armée menace la coalition de Benyamin Netanyahou et révèle la peur d’un monde religieux de voir ses fils happés par la société laïque.
D’un bond, des dizaines d’hommes en noir déboulent sur le carrefour qui permet d’accéder à l’échangeur de Ganot dans le centre du pays. Les mains levées au-dessus de leurs chapeaux de feutre, ils courent entre les klaxons, et forcent les voitures à s’arrêter. Le blocage est en place. Ces juifs ultraorthodoxes, ou haredim (« craignant Dieu », en hébreu), s’assoient à même l’asphalte et chantent à tue-tête devant un bus immobilisé et une colonne de voitures. Les klaxons continuent de plus belle, couvrent leurs mélopées, sans les interrompre.
Ce jeudi, plusieurs des plus importantes factions du monde haredi ont appelé leurs ouailles (masculines) à bloquer les échangeurs de l’autoroute 1, qui traverse le pays d’est en ouest de Tel-Aviv à Jérusalem. En quelques minutes, ces milliers d’étudiants en talmud ont bloqué tout le centre du pays pour faire entendre leur refus de rejoindre l’armée.
« Nous devons montrer que nous sommes prêts à tout pour ne pas rejoindre l’armée. Rejoindre l’armée, pour nous, revient à trahir notre mode de vie, qui a toujours été protégé par Israël depuis sa création », assure Shai, 23 ans, venu de Bnei Brak, ville ultraorthodoxe de l’agglomération de Tel-Aviv. « Nous ne sommes pas contre l’idée d’une armée, le roi David lui-même avait une armée. Mais nous ne pouvons rejoindre cette armée laïque qui est hostile aux religieux », tempère Pryce, son aîné, âgé de 34 ans. » | Par Stanislas Poyet, correspondant à Jérusalem | samedi 4 juillet 2026
