Tuesday, May 26, 2026

« Je préfère ne pas être souverain, mais libre » : les Cubains résignés face aux menaces américaines

LE FIGARO : REPORTAGE - Les habitants de l’île communiste semblent à la fois inquiets des conséquences d’une intervention militaire et pressés que leur vie change, quel qu’en soit le prix.

Il se disait ce week-end dans les tréfonds du quartier d’El Cerro, où les parents du secrétaire d’État, Marco Rubio, vivaient chichement dans les années 1950 avant de fuir la dictature de Fulgencio Batista pour Miami, et non le communisme comme leur fils cadet aime souvent à le dire pour séduire la communauté cubano-américaine anti-castriste, qu’une intervention militaire des États-Unis était imminente. « Ça va barder ce week-end. La tension est de plus en plus palpable et elle a atteint un sommet », prédisait aussi un diplomate.

L’invasion ou les bombardements attendus en fin de semaine n’ont pas eu lieu. Cela n’a pas pour autant rassuré les Havanais. L’augmentation des survols d’avions espions Poséidon P8 et de drones près de Guantanamo, où les États-Unis disposent d’une base, mais aussi près de la capitale cubaine, a augmenté les craintes d’une attaque de l’Oncle Sam. L’arrivée de navires de guerre de l’US Navy près des côtes cubaines, dont un groupe aéronaval en début de semaine dernière, ne tranquillise personne. Le plus vieux porte-avions de la marine américaine, l’USS Nimitz, croise depuis quelques jours au large de La Havane. C’est l’une des toutes dernières missions de ce mastodonte de 330 mètres de long, dont la mise au rebut, prévue cette année après 51 ans de service, a été reportée à 2027.

Les Havanais guettent une intervention militaire américaine, sans trop bien savoir à quoi celle-ci ressemblera, résignés, préoccupés, mais peut-être moins qu’ils ne le sont par les contraintes d’un quotidien qui se détériore chaque jour un peu plus. « Cela fait 18 heures que nous n’avons plus d’électricité », déplore Pedro, un retraité havanais du quartier du Vedado. La ville se militarise. Les patrouilles de policiers et les militaires sont plus nombreux, ce qui n’empêche pas les Havanais de manifester le soir en tapant sur des casseroles pour réclamer le retour du courant et exorciser cette chaleur humide, insupportable sans climatisation ni ventilateur dans les foyers. Les manifestants crient aussi bien « Nous avons faim » que « À bas la dictature ». » | Par Hector Lemieux, à La Havane | mardi 26 mai 2026

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