LE FIGARO : Installé dans l’État américain de l’Idaho, le chantre du nationalisme chrétien est devenu en quelques années une figure incontournable du mouvement Maga.
Dans une église remplie de familles et d’enfants, Douglas Wilson prêche pour la troisième fois de la matinée, ce dimanche matin de juillet, le message biblique du livre d’Esther. Il raconte comment cette reine de l’Ancien Testament déjoue le complot du sinistre vizir Haman, « cupide, méchant et envieux », qui voulait exterminer les Juifs de l’Empire perse. « Si l’on observe tout le désordre culturel qui nous entoure, on constate qu’il est presque entièrement causé par le péché de jalousie », déclare le pasteur en chaire.
L’homme de 73 ans, à la stature imposante et à l’épaisse barbe blanche, livre chaque semaine, entre les chants des psaumes, un commentaire à portée politique sur un passage de la Bible. En attendant la construction d’une cathédrale, c’est cette église de briques, percée de trois fenêtres en ogive, qui accueille la fervente assistance. Dehors, l’or des champs de blé et le jaune vif des cultures de colza scintillent, dans ces vastes collines du nord-ouest des États-Unis. « La jalousie prend de nombreuses formes : le féminisme, le socialisme, l’égalitarisme, poursuit le pasteur. La meilleure façon de la combattre est de lui déclarer la guerre partout, dans nos cœurs et dans nos vies, dans nos familles, nos quartiers, nos entreprises. »
Wilson dirige Christ Church, une église fondée il y a plus de cinquante ans à Moscow, dans l’Idaho. Elle fait partie du Crec, la Communion des Églises évangéliques réformées, qui regroupe une centaine de communautés marquées par un protestantisme calviniste. Depuis trois décennies, le pasteur érige l’interprétation littérale des Saintes Écritures en morale absolue qui doit régir chaque aspect de l’existence humaine, de la vie privée à l’économie et à la politique.
Il en tire des conclusions extrêmes, qu’il a défendues à la télévision, au prix de vives polémiques, à la faveur de sa notoriété grandissante. Entre autres, les femmes ne devraient pas avoir le droit de vote, et l’homosexualité, tout comme l’adultère, devrait être pénalisée. Car au fond, pour lui, les États-Unis devraient devenir une théocratie chrétienne, une nation rédigeant ses lois selon les préceptes de la Bible. » | Par Mayeul Aldebert, correspondant à Washington | mercredi 22 juillet 2026
