MADAME FIGARO : RÉCIT - Du faste des palais de Téhéran à l’exil, la chute du chah d’Iran Mohammad Reza Pahlavi a bouleversé le destin de sa femme et de ses enfants. Entre suicides et déchirements, retour sur l’histoire d’une dynastie que certains disent frappée par la malédiction.
Le 31 décembre 1977, dans les salons du palais de Marbre à Téhéran, le président des États-Unis Jimmy Carter lève sa coupe de champagne vers Mohammad Reza Pahlavi, chah d’Iran au pouvoir depuis trente-sept ans. La rencontre, retransmise en direct à la télévision iranienne, célèbre l’amitié irano-américaine. Les deux chefs d’État ne se doutent pas encore que cette entente sera de très courte durée. En cette nuit aux airs d’insouciance, à l’aube d’une nouvelle année, l’heure est à l’image d’un Iran solide, allié fidèle de Washington. Personne, ou presque, n’entrevoit alors le grand basculement qui approche. Car pendant que l’on trinque sous des moulures dorées, la révolte gronde dans les rues et les mosquées, portée par la révolution islamique.
Un an plus tard, le 16 janvier 1979, la monarchie des Pahlavi s’effondre sous l’impulsion de l’ayatollah Ruhollah Khomeini, qui s’apprête à instaurer un régime appelé à durer plus de quatre décennies. Aujourd’hui, alors que la mort d’Ali Khamenei, son successeur, lors d’une opération israélo-américaine, a rebattu les cartes du pouvoir à Téhéran, le nom des Pahlavi refait surface dans le débat iranien. Certains y voient même l’hypothèse d’un retour au pays de Reza Pahlavi, fils aîné de Mohammed et prince exilé. Mais en ce début d’année 1979, c’est une toute autre histoire qui s’écrit. Affaibli par un cancer incurable dont il souffre depuis plusieurs années, Mohammad Reza Pahlavi doit fuir son pays. Au petit matin, dit-on, il s’isole dans son bureau, passe plusieurs coups de téléphone, puis embarque son épouse et ses enfants dans un avion à destination de l’Égypte. Le jour même, le quotidien iranien Ettela’at titre en une : «Chah raft». Comprendre : «Le roi s’en est allé».
Commence alors un long exil. La famille impériale s’envole aux Bahamas, puis aux États-Unis, avant un dernier retour en terre égyptienne. Mais pour les Pahlavi, la chute du trône ne marque pas seulement la fin d’une dynastie : elle ouvre aussi une longue série de drames familiaux qui donnent à certains le sentiment d’une véritable malédiction. Premier coup du sort après l’errance de l’exil : la mort du souverain. Le 27 juillet 1980, Mohammad Reza Pahlavi meurt au Caire, à l’âge de 60 ans, emporté par une macroglobulinémie de Waldenström, forme rare de cancer du sang. » | Par Léa Mabilon | jeudi 5 mars 2026