LE FIGARO : DÉCRYPTAGE - Donald Trump a récemment publié l’image d’une activiste noire en état d’arrestation, dont la peau avait été artificiellement assombrie et l’expression modifiée.
Il y a quelques semaines, Kristi Noem, la ministre de la Sécurité intérieure, a posté une photo de l’arrestation de Nekima Levy Armstrong. On y voit cette avocate activiste noire menottée, très calme, le visage de marbre, un policier derrière elle, après avoir été appréhendée pour participation à une manifestation dans un temple près de Minneapolis. Moins d’une heure plus tard, la Maison-Blanche a publié le même cliché. Cette fois, l’activiste, dont la peau apparaît nettement plus sombre, est en larmes, l’air éplorée. C’est une image retouchée, sans doute grâce à l’intelligence artificielle, ce que personne n’aurait pu deviner s’il n’y avait pas été possible de la comparer avec l’originale. « La plus haute instance du pays se sert de la technologie pour mentir au monde entier », observe Josh Richman, de la Electronic Frontier Foundation, une organisation de protection du droit numérique. Cela « pose la question de savoir si l’Administration se sent encouragée à manipuler d’autres photos à des fins de propagande, pour donner l’impression d’un président en meilleure santé ou pour créer un prétexte à des guerres… »
Depuis son retour au pouvoir, Donald Trump ne cesse de diffuser sur les réseaux sociaux des images trafiquées par l’IA et d’autres méthodes, parfois produites par la Maison-Blanche ou empruntées à des utilisateurs extérieurs, notamment des groupes d’influenceurs. Il en est très friand, car c’est un merveilleux outil de propagande : cela permet de créer du buzz, de mobiliser sa base et d’appuyer des efforts de désinformation. L’avalanche d’informations fausses finit en effet tout par rendre suspect. Il devient ainsi plus facile de discréditer auprès de l’opinion publique une nouvelle véridique en l’accusant d’être fabriquée par l’intelligence artificielle. » | Par Hélène Vissière
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